Hommage aux femmes d’exception (partie 2)

J’ai eu la chance, en ce début de novembre 2018, de participer à une fin de semaine de mamans, organisée par des mamans, pour des mamans.

Je suis chanceuse vous dites?

Oui, chanceuse, parce que c’est ma deuxième fois cette année. Mon premier événement a eu lieu au début de mon arrêt de travail (vous pouvez lire ici mon premier Hommage aux femmes d’exception). Et ce deuxième événement arrive tout juste dans ma préparation physique et mentale d’un retour au travail imminent. J’ai commencé mon arrêt avec des femmes d’exception, et je le termine sous peu avec d’autres. Et entre les deux, il y a eu des rencontres et des développements d’amitié avec d’autres femmes exceptionnelles.

Je suis également chanceuse de connaître l’organisatrice d’un tel événement. Une autre femme d’exception, mère de quatre enfants, qui n’a pas peur d’organiser des trucs pour se faire du bien. Prendre des risques pour soi, c’est payant! Merci de me l’avoir fait comprendre.

Oui, je suis chanceuse parce qu’il y a eu une maman, qui a elle aussi un enfant à besoins différents, qui a dit oui pour garder fiston toute la fin de semaine. Je la remercie du fond du cœur. Elle sait, je pense, jusqu’à quel point ces moments de répit me font du bien (elle qui accepte de texter avec moi lors de mes moments de panique!). Merci à une femme d’exception.

Chanceuse aussi parce que vous n’imaginez pas la qualité des femmes que l’on rencontre à ces événements.

Trente-quatre étrangères (parfois aussi des copines, des sœurs), avec pour seul dénominateur, être une maman. Une trentaine de femmes qui, après avoir passé un peu moins de 48 heures ensemble, s’appuient l’une sur l’autre.

Pour respirer.

Pour refaire leurs énergies.

Pour évacuer des tensions.

Pour rire un bon coup.

Pour aussi pleurer bien entourées.

Pour déposer parfois un lourd fardeau.

Pour prendre conscience de l’importance de prendre soin de soi.

Pour ne pas se perdre dans un rôle qui peut parfois être très envahissant; ne pas oublier la femme, la conjointe, l’amie.

Pour ne pas oublier que si on enfouie un besoin, c’est notre santé mentale et physique qui est en jeu.

Oui je suis privilégiée parce qu’encore une fois j’ai rencontré des femmes d’exception.

Je rends hommage à ces femmes d’exception!

Le mode action-solution

Être fière d’être une si bonne maman pour mon enfant autiste? je le suis!

Être fière de trouver autant de solutions, d’être en mode action, de partager le chemin de fiston vers une meilleure compréhension de son environnement, ainsi que de ses émotions et pensées intérieures? je le suis!

Etre fière de fournir une bonne prestation de travail malgré les embûches dans ma vie familiale? oui je le suis, même si je suis en arrêt de travail depuis quelques temps.

Être fière d’être autre chose qu’une maman d’enfant autiste ou bonne professionnelle?

Euh, attends un peu. Pas certaine!

Le mode action-solution

Je me suis littéralement battue ces dernières années. Si vous suivez mon blogue depuis ses débuts il y a trois ans, vous savez que des batailles, petites et grandes, j’en ai menées. Comme beaucoup de parents d’enfants autistes ou à besoins particuliers. Le mode action-solution on connaît! C’est une seconde nature.

Pour certaines personnes, c’est un mode qui embarque aussitôt l’arrivée de la situation. Pas de sentiments, pas d’émotions, pas le temps de les vivre, on embarque dans la bataille et Hop! c’est parti. C’est un mode de survie.

Perso, je vis beaucoup les émotions. J’aimerais beaucoup me mettre en mode ‘plus tard les émotions’ mais elles montent vite chez moi. Je suis triste et je suis en colère sur le coup. C’est avec le passage en mode action-solution que je vais calmer mes émotions. Tant que je ne me mets pas en mouvement, les émotions restent à fleur de peau. Avec les années, j’ai appris à passer beaucoup plus rapidement à ce mode. Je l’ai compris, je l’ai apprivoisé.

Qu’importe la façon dont notre système est fait, il faut embarquer le plus rapidement possible dans  le mode action-solution. Bien des choses en dépendent.

Les impacts du mode action-solution

Les dernières années ont tout de même démontré que je maîtrisais très bien ce mode, à l’instar de beaucoup de parents d’enfants à besoins différents. On analyse la situation, on en débat les implications, on la décortique, on cherche les infos, les alliés, les pistes possibles. Et on en parle. Avec le plus de personnes possibles qui sont dans le même bateau que nous. Et on trouve des solutions. C’est ça le mode action-solution. En général, les parents qui vivent la même situation nous comprennent, ne nous jugent pas et savent bien nous enligner.

À force d’appliquer ce mode depuis plus de cinq ans, j’en suis devenue une experte. L’experte du mode action-solution pour mon fils.

Il y a du positif dans cette expertise. C’est une compétence transversale qui se transpose très bien dans mon milieu de travail…

Mais qu’en est-il de ma vie privée? Celle qui ne concerne ni mon fils ni mon travail? Celle qui concerne la femme?

Niet. Nada. Rien.

Je suis une mamanxieuse

Je fais quoi de cette expertise dans ma vie personnelle? je n’en fais rien, je suis bloquée. Je suis épuisée de toutes les batailles menées en mode action-solution. Je ne bouge plus au niveau personnel.

Je suis coincée.

Tellement épuisée, que le soir, je fais des crises d’anxiété et de paniques énormes. Les trois dernières semaines ont été particulièrement difficiles. Le mode action-solution la nuit ne s’applique pas tant que ça. Il faut arrêter. Respirer. Identifier l’angoisse et l’accepter. Ne pas la combattre. Juste l’accepter.  Y faire face seule!

Toute une différence pas rapport au mode action-solution. Je peux être dans ce mode pour empêcher les crises de panique de se pointer, mais une fois dedans, c’est le lâcher-prise et l’acceptation qu’il faut enclencher.

Je suis donc une mamanxieuse! Ce terme a été développé par Julie Philippon de Mamabooh. Et il me va très bien. C’est difficile à accepter. Difficile à dire que l’anxiété fait maintenant partie de ma vie à temps plein. Mais une fois avouée, n’est-ce pas plus facile à accepter?

Les opportunités

J’avais l’opportunité cette semaine de faire une petit aller-retour à Trois-Rivières pour le spectacle du Cirque du Soleil, Juste une p’tite nuite! Oh, que l’anxiété était présente. Plusieurs facteurs nourrissaient cette dernière.

Je ne conduisais pas. Je n’avais aucune idée des compétences du chauffeur.

C’était une aller-retour de soir et de nuit!

C’étaient des amitiés nouvellement formées…

C’était des milliers de personnes…

C’était des sous…

C’était une possible crise de panique.

Mais c’était tout de même la musique des Colocs!

Woh, woh, woh, ma p’tite Julie, si t’étais pas si anxieuse t’aurais ri!

J’ai fait le pari d’énoncer mes possibles crises de panique et d’anxiété à mes amis et leur dire que je ne me sentais pas capable de faire cet aller-retour. À mon grand soulagement, je n’ai pas été jugée. Compréhension totale.

Cette compréhension combinée à la petite poussée d’une autre amie, ont fait en sorte que je suis finalement partie voir le spectacle à Trois-Rivières. Quelle belle fierté d’avoir profité de ma soirée et de ne pas avoir fait de crise de panique.

J’ai pris soin de moi, j’ai avoué mon anxiété. Je me la suis appropriée. Et j’y suis allée.

Dès les prochaines semaines, de nouveaux défis nous attendent. Je devrai être présente pour fiston. Il y aura beaucoup d’opportunités d’être une mamanxieuse.

Mais j’espère aussi avoir des opportunités pour prendre soin de moi. Je dois passer en mode action-solution pour moi-même!

Merci

Merci aux différentes personnes qui m’ont accompagnée dans les dernières semaines, vous vous reconnaîtrez. Que ce soit pour m’avoir écoutée, donné quelques pistes d’actions, fournit une petite poussée, proposé des lectures inspirantes, partagé des repas et des soirées dans une balançoire, proposé du gardiennage! Vous avez été géniales!

Je planifie déjà ma prochaine fin de semaine de congé!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les effets du #metime

Depuis plus de six semaines que je suis en arrêt de travail. L’état de fiston, ses besoins, ses crises, etc.,  combinés à mes responsabilités professionnelles étaient rendus trop lourds à gérer. Il fallait que je laisse tomber quelque chose. Et bien que je ne voulais pas du tout laisser tomber mon travail, je n’ai pas eu le choix. Travail vs fiston, c’est fiston qui l’emporte.

Il n’y avait plus d’espace, intérieur et extérieur, pour que je me sente bien.

Six semaines à me chercher dans la maison, à essayer de dormir pour reprendre un peu du sommeil perdu, à écouter la télé, à prendre des marches; en fait, six semaines à tourner en rond.

Pour aller mieux, et ne plus retomber, je devais trouver de l’espace. De l’espace extérieur j’en ai trouvé. Mes marches quotidiennes m’ont aidée à être un peu plus en contact avec l’extérieur. J’ai souvent rencontré un monsieur à la retraite qui faisait le même trajet que moi. On a placoté de tout et de rien. Surtout de rien, et ça m’a fait du bien.

Les premières semaines ont aussi été intenses avec fiston. Il n’allait pas bien du tout à l’école et passait beaucoup (trop) de temps à la maison. Ensuite, les choses se sont mises en place et il a été hospitalisé le jour pour poursuivre son évaluation diagnostic. Les premières semaines à l’hôpital ont été difficiles. Il n’y avait plus d’espace dans lequel je me sentais bien. Les crises de fiston prenaient beaucoup de place. Les appels de l’hôpital, les rendez-vous avec le médecin, les rencontres d’historique avec la travailleuse sociale. Tout ça était très exigeant à vivre.

Alors, je restait sur mon divan, brûlée. Je ne dormais que quelques heures la nuit. Et que quelques minutes le jour. Toujours à essayer de dormir mais sans jamais réussir à atteindre le sommeil. Toujours à essayer de me reposer, mais sans réussir à apaiser mon esprit.

Par chance, une fin de semaine de répit était prévue. En en même temps, un week-end de mamans, le #MeTime m’était proposé par Facebook. Je l’ai regardé souvent passé dans mon fil d’actualités. Intéressée mais pas complètement décidée. C’était loin, c’était des sous, c’était des inconnues, c’était plein d’excuses.

J’ai quand même pris la décision d’y aller.

J’en avais déjà parlé à ma travailleuse sociale. Il fallait que je trouve de l’espace à l’intérieur de moi pour mieux aller. J’avais beau avoir du répit, une gardienne régulièrement, tout ce que je faisais pendant ces moments-là était les courses, du ramassage, de l’esclavage. Pas de moments de douceur pour moi.

Cette fin de semaine a été très révélatrice pour moi. Cet espace intérieur que je cherchais si désespérément m’a été offert. Yoga, respiration, dessin, spa, et des femmes avec un bagage incroyable.

Le vide en moi

Donner de l’amour à son enfant, c’est facile me direz-vous. Mais donner de l’amour quand tu sens que toi-même tu n’en as pas, c’est épuisant. Tu te vides littéralement. Il faut qu’il y ait une source quelque part pour t’aider. J’en étais rendue là avec fiston. De l’amour pour lui et pour moi, il n’y en avait pas beaucoup. Je me sentais seule, je me sentais vide, je ne me sentais pas aimée du tout.  Onze ans d’isolement et de monoparentalité, ça comporte un prix.

Je le sentais terriblement en moi ce manque d’amour. Des câlins par-ci par là ne peuvent combler ce vide immense.  J’étais littéralement en manque d’amour.

Aller plus loin

Prendre soin d’un enfant à besoins différents me ramène beaucoup dans mes manques, dans mes déficits, dans mes espoirs déçus. Ce qui fait que je suis un bon parent pour cet enfant, c’est que je me remet en question, que j’identifie mes forces, mes déficits et mes manques.  Et que malgré tous ces manques et déficits, je continue.

J’ai pris une chance d’aller à cette fin de semaine. La route, les inconnues, les sous. Tout ça aurait pu mal tourner.

Mais les effets bénéfiques ont été plus grands qu’escomptés.

J’ai découvert des mamans qui me ressemblaient. Des mamans pleines d’amour de la vie et des autres. J’ai moi-même trouvé que je pouvais donner de l’amour à ces femmes exceptionnelles. La grande surprise.

J’ai laissé partir quelques bagages émotionnels. J’ai laissé aussi tomber quelques doutes.

Mais j’ai aussi trouvé de l’amour pour moi.  Ce mot qui flottait comme un manque dans mon environnement depuis quelques mois est maintenant une bouée sur laquelle je m’appuie.

Je dors mieux, je suis plus active. Je suis moins dans l’attente, plus dans l’action.

Plus dans l’amour.

Mon café a meilleur goût le matin. Merci #MeTime.

PS: Je suis même en train de remplir la demande de chien Mira pour fiston. J’ai été convaincue en fin de semaine par des âmes bienveillantes.