Prendre son envol

Il y a des moments où on sait que les choses viennent de changer.

D’autres pour lesquels on a travaillé tellement fort pour que ça fonctionne.

Et d’autres encore qui sont de pur moment de grâce.

Retour sur le début d’année de fiston

Fiston est passé au secondaire depuis septembre. Dans une école publique, au régulier, avec des services spécialisés pour les autistes. Un programme particulier. Il a aussi laissé tombé sa casquette en classe (règles de l’école obligent!), a appris à se préparer seul le matin parce que je quitte cinq minutes après son réveil, a appris à dîner seul à la maison le midi, et à s’occuper jusqu’à ce que j’arrive le soir, 30 minutes après lui. Bref, beaucoup d’apprentissages à l’autonomie. En plus d’apprendre à naviguer dans une immense école de plus de 1000 élèves.

On ne se le cachera pas, le passage au secondaire est difficile pour tous les jeunes, avec besoin particulier ou non. Tous les parents que je côtoie le nomment: c’est lourd. Les devoirs, les matières, le rattrapage par rapport à des matières dans lesquelles ils sont en retard.

Bref, l’adaptation est difficile pour tout le monde. Ajoutons à cela les difficultés liées à un diagnostic particulier et on a un degré de complexité supérieur.

Fiston a donc terminé sa première étape avec quelques cours en moins. La charge de matières et de devoirs était trop lourde: on a dû laisser tomber l’éducation physique, l’éthique et la culture religieuse ainsi que la géo et l’histoire. Ça donne 12 belles périodes par cycle de neuf jours pour reprendre examens et devoirs. C’était nécessaire pour la santé mentale de tous. À la deuxième étape, on reprend deux cours, éducation physique et éthique et culture religieuse; le but est d’obtenir une note au bulletin pour passer en secondaire deux. Quant à l’histoire, il recommence en janvier. L’histoire est une matière incontournable pour la diplomation. À la troisième étape, retour à un horaire allégé.

Se sentir bien dans son milieu

Bref, malgré toutes ces adaptations et les exigences liées au secondaire, Fiston semble bien aller. L’anxiété est présente, mais faible. Le sourire est revenu, il s’amuse. Il semble apprécié la liberté que procure le secondaire, mais est conscient que la liberté amène aussi des responsabilités. On jongle encore un peu-beaucoup avec l’organisation des devoirs et travaux, des examens, mais c’est pas si pire.

Lors de la première étape, Fiston a réussi à faire les examens lors de la période ‘gelée’ d’examens, quand les cours sont suspendus et qu’il avait un examen par jour. Il a réussi à faire ses quatre examens, du mardi au vendredi sans se désorganiser. Tout un exploit. Et il a obtenu une très belle moyenne pour son étape. Que demander de plus?

Le plus

Fiston est au régulier, dans un classe d’une vingtaine de jeunes. Personne ne sait que Fiston est autiste, à l’exception des profs et du personnel de soutien. Depuis des années Fiston cherche à cacher son autisme. Il fait beaucoup de ‘masking’; il imite le comportement des autres pour que rien n’y paraisse.

Mais depuis quelques semaine, les choses ont changé. Fiston trouve ça lourd d’avoir peur d’être démasqué. Il veut avoir le contrôle sur l’information plutôt que d’être pris au dépourvu.

C’est pourquoi il a décidé de faire une présentation à l’ensemble de sa classe sur la différence et sur SA différence spécifiquement.

Pendant deux semaines, toutes ses périodes libres étaient passées à préparer sa présentation Powerpoint. Il a donc monté une présentation d’environ une quinzaine de diapos où il explique sa différence, ce qui l’aide, les difficultés sensorielles, et surtout le pourquoi de sa présentation.

Le moment de grâce

Hier avait lieu sa présentation. Il avait pratiqué avec moi quelques fois. Je savais ce qu’il y avait comme contenu et je l’ai aidé à préciser certaines choses.

Mais je n’étais pas avec lui lors de sa présentation. D’autres ont eu ce privilège. Apparemment que c’était un moment incroyable.

Il a fait cette présentation pour 1) faire respecter la différence; 2) dire c’est difficile pour les autistes de vivre dans un milieu neurotypique et 3) lui enlever la charge du secret, les cachettes, se présenter tel qu’il est.

Quelques commentaires des adultes présents:

Fiston a été parfait, les élèves à l’écoute avec de beaux commentaires et des questions appropriées. Un moment vraiment touchant, le genre d’événement qui reste encré dans notre mémoire.

Que de bons mots pour la présentation de Fiston. Il a su bien passer son message et à toucher les gens (comme il dit : pas de la même manière que vous.. nous les adultes, avec nos larmes aux yeux ).

[Un] élève a fait une présentation extraordinaire  [sur sa réalité d’autiste] et ses collègues ont fait preuve d’une grande écoute et d’un grand respect. Après l’exposé, de bonnes questions et de beaux échanges entre les élèves se sont réalisés. Bravo à tous !

C’est le moment où la réalité parentale me frappe en plein visage : certains grands moments, je n’y serai pas ‘live’ pour voir le tout se réaliser. Un deuil normal à faire, un passage obligé pour les parents. Ça fait partie du processus de laisser l’enfant grandir; mon travail est de lui donner les outils, à lui de les utiliser.

Tu sais que si ton enfant s’accepte, tel qu’il est, qu’il le montre, une partie des difficultés disparaîtront. Aurons-nous des choses à travailler sur cette acceptation ? Bien sûr. Mais une partie du chemin est fait.

Notre travail de parent est de les préparer le plus possible à cette autonomie et cette indépendance. Fiston vient de graduer encore une fois à l’école de la vie.

Il a pris un nouvel envol.