T’es pas chanceux…

Fiston c’est cyclique, ça vient par bourrées, je vous l’ai déjà expliqué. Mais ce sont aussi de gros morceaux qui passent, des étapes importantes dans le développement d’un enfant. Et pour les autistes, parfois c’est surprenant.

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J’ai obligé fiston à aller aux scouts ce soir. J’ai besoin de répit et la tentation d’un deux heures seule était trop grande. Il est tellement intense ces temps-ci. Et en plus, il a passé une mauvaise journée à l’école. Il me disait que l’école a failli appeler la police, encore une fois. (Je sais, on m’a téléphoné trois fois dans la matinée pour me tenir au courant des événements!)

Sa première réaction était non, il ne voulait pas aller aux scouts. Quand je l’ai obligé, il s’est incliné sans trop d’opposition.  Mais il était en évitement total lorsqu’on est arrivé. Sans son habit de neige. Il a mis son pantalon de neige le plus lentement possible accoté sur une porte, à l’extérieur, dans un froid de -15 degrés Celsius. Ça ne lui tentait pas.

Vous vous doutez bien qu’il n’a pas passé la meilleure soirée de sa vie. Au cours de la soirée, il a accroché un autre garçon et ce dernier a très mal réagit. Fiston me disait que l’autre était tellement envahi qu’il n’était plus rationnel. Il voulait être à égalité (dans les coups) avec fiston, donc escalade de violence. Méchante analyse quand même de la situation…

Je ne l’ai pas ramené tout de suite à la maison, je suis partie lui faire attraper quelques Pokémons, histoire de le laisser décompresser. Et sur le chemin de la maison, il s’est ouvert.

Le cerveau

Fiston m’expliquait qu’il commence à se sentir mal en voiture. Le mal des transports? Peut-être. Mais surtout qu’il a de la difficulté à voir défiler le paysage à toute vitesse. Il me disait qu’un jour, alors qu’il était avec son père en voiture, son cerveau a fait le vide, faute de trop de stimulis peut-être. Quoi qu’il en soit, le ralentissement de son cerveau lui a causé la peur de sa vie. Son cerveau, selon ses mots, s’est presque arrêté. Parce que fiston mise énormément sur son cerveau.

Je suis tombée cette semaine sur cet article, dans lequel un homme raconte comment son cerveau fonctionne. Et bien fiston vient de me raconter la même chose.

Mon cerveau ne s’arrête pas; il tourne et se déplace dans différentes directions créant des réseaux de motifs, liés par des teintes variables. La recherche constante, la quête sans fin d’une réponse et l’apparition de l’anxiété quand une question se pose, tout devient de plus en plus clair et brillant comme si c’était un cri, demandant une solution. Il ne peut pas être laissé dans l’inconnu. Le quitter, c’est invoquer des intrusions régulières dans mon esprit, des exigences de plus en plus aiguës qui me semblent être une pression de plus en plus forte à l’intérieur de ma tête, essayant de forcer le passage.

Fiston me disait que ça tourne et roule vraiment vite dans sa tête et de voir le tout, ne serait-ce que ralentir un peu, l’effraie au plus au point. La constante ébullition de son cerveau le rassure. Il s’y est habitué.

Il me disait qu’il aimerait être un fantôme, un fantôme qui a son cerveau intact et son âme, mais sans corps. Son corps physique le dérange. Je lui ai demandé ce qu’il n’aimait pas de son corps… il a répondu ses orteils, ses jambes, ses genoux, ses tendons de l’aine, ses parties génitales, son ventre, ses bras, ses coudes. Et il a terminé par son nez et ses oreilles. Mais pas sa tête….

Fiston ne veut plus de son corps.

Il aimerait être comme les scientifiques fous dans les films qui réussissent à transférer leur intelligence dans une machine, mais ‘sans que cela ne finisse mal parce qu’ils sont méchants’. Fiston déteste les méchants, ils sont injustes à son avis….

Fiston considère que son cerveau est la seule chose qui mérite d’être sauvée.

Sauvée de quoi?

T’es pas chanceux…

À l’âge où la puberté se pointe le bout du nez, fiston est très critique de ses pairs. Il constate que ces derniers n’ont qu’une seule chose en tête: le sexe opposé. Pour lui, ce ne sont que des idioties.

Lui n’a qu’une seule préoccupation: la mort. Il regarde tout ce qui se passe autour de lui et constate la futilité de tout. Tout ce qu’il veut dire aux gens c’est:

T’es pas chanceux, c’est la mort qui t’attend!

Pourquoi aller à l’école? c’est la mort qui t’attend!

Pourquoi travailler? c’est la mort qui t’attend!

Pourquoi la retraite? c’est la mort qui t’attend.

Rien n’est important, de toute façon, c’est la mort qui t’attend.

Méchante déduction pour un enfant de 11 ans…

Il s’est mis à pleurer; pleurer comme s’il avait tout le poids du monde sur ses épaules. Lui, dans sa tête, a passé toutes les étapes de la vie, et inéluctablement ce qui l’attend au bout c’est la mort, et ça il ne l’accepte pas. Il ne la veut pas. Il en a peur, évidemment.

Alors pourquoi faire tant d’efforts aujourd’hui si la fin est inévitable et que seul le moment est inconnu?

Ben ça, c’est la partie que je dois lui faire comprendre. Méchant défi. Si vous avez des idées pour faire comprendre à un Aspie que la vie vaut la peine d’être vécue, ne vous gênez pas pour les partager.

Si jamais vous croisez fiston, ne lui parler pas de ces sujets. Merci!

 

 

 

 

 

 

 

En attendant le redoux

C’est cyclique. À chaque année, fiston commence à aller mal en novembre. C’est immanquable. De novembre à février. Tous les ans depuis ses quatre ans. Sept ans de suite…

J’ai essayé la vitamine D, la luminothérapie, le langage conceptuel, les visites d’une psychoéducatrice, des psychologues, des visites chez le médecin. Rien n’y fait. Rien ne peut arrêter ce cycle.

Et une fois que le cycle est enclenché, rien ne peut l’arrêter. C’est une lente descente aux enfers.

J’y laisse beaucoup de mon énergie. Beaucoup de mon espoir.

Tranquillement le désespoir s’installe. Rien ne va plus. Ni pour lui, ni pour moi.

Aujourd’hui nous avions deux rendez-vous importants. Le premier avec son pédiatre accompagné d’une résidente, le deuxième pour le plan d’intervention, la rencontre convoquée d’urgence à l’école. Le tout entrecoupé d’un déjeuner avec une amie.

Première ronde: le pédiatre

Avant d’arriver chez le médecin, je me disais que j’exagérais peut-être un peu. Que c’était pas si mal que ça, que ça doit être moi qui est fatiguée et que ma patience est épuisée.

C’était avant de le voir agir dans le bureau du médecin… mutisme total et complet, et pourtant, quelques minutes plus tôt, il babillait allègrement. Aucune volonté de répondre aux questions. Que des grognements comme un ours, la tuque enfoncée jusqu’au menton. J’ai eu une petite lueur de honte qui s’est pointée en moi. S’il y a une place où je ne devrais jamais avoir honte de mon enfant, c’est bien dans le bureau du médecin! Vite chassée par l’empathie du médecin, j’ai pu bien intervenir avec fiston lui demandant de signifier par un hochement de tête s’il était d’accord ou non avec ce que je disais. Que je pouvais me tromper dans mes observations, étant donné sa difficulté à communiquer. Il a pleuré à la fin … incapable de me dire le pourquoi, et incapable de s’en souvenir quand je lui ai demandé plus tard.

À la fin de la consultation, il a  été convenu que fiston serait référé encore une fois en pédopsychiatrie à l’hôpital. Des mois d’attente. J’ai beaucoup apprécié l’humilité du médecin qui me disait qu’il était impuissant devant la détresse de fiston, qu’il ne lui prescrirait pas de médicament sans savoir le problème.

Deuxième ronde: la rencontre à l’école

Ouf!

Douze personnes autour de la table. Des psychologues, des éducatrices spécialisées, des partenaires, tous y étaient. Après un état de situation de la direction et de ma part, les échanges ont commencé. Je dois dire que mes attentes étaient peut-être un peu élevées. Étant donné le niveau de compétence présent à la table, j’espérais de nouvelles solutions. Rien. En fait, tout a été essayé à l’école.

Si l’an passé, je me suis battue pour la reconnaissance du diagnostic, cette année, tout le monde rame dans la même direction. Aucune intervention divergente. Aucune, si ce n’est fiston. Il est totalement à contre-courant de tous les adultes. Il fait une réaction sévère à toute intervention de la part d’un adulte. Personne n’a de porte d’accès ouverte. Elles sont toutes fermées, y compris la mienne.

Neurotypique et adulte, deux mots que fiston ne peut plus supporter.

C’est difficile pour une maman de regarder l’ensemble des intervenants ne pas arriver à une solution qui donne de l’espoir. Pas parce qu’ils n’essaient pas. Pas par manque de volonté. Mais beaucoup de choses ont été essayées, peu fonctionnent.

La fameuse phrase ‘si tu connais un autiste, tu connais un autiste‘ (auteur??) est tellement vraie! Il faut des solutions créatives et originales pour chacun de nos petits amours. C’est beaucoup d’essais-erreurs. Et ce qui fonctionne pour un, ne fonctionne pas nécessairement pour l’autre. Parfois, la réponse est de les retirer du système d’éducation. Mais est-ce vraiment une solution ou est-ce un moindre mal? Je la contemple cette solution mais comment y arriver? Mystère et boule de gomme!

Il en est ressorti qu’un comité clinique serait mis en place avec les intervenants de l’école, de la commission scolaire, du CRDI et de l’OPHQ afin d’étudier exactement ce qui a été fait et ce qui peut encore être essayé. On m’a gentiment dit que le parent n’était pas invité. Et savez-vous quoi? Tant mieux. Mon assiette est pleine et mon niveau d’énergie bas.

Finalement, la demande pour une réévaluation en pédopsychiatrie est appuyée par tous les intervenants. Trouble anxieux peut-être… si confirmé, médication…

***

Ce soir, je regarde l’ensemble de notre histoire et je suis triste.

Triste parce que nous avons connu une belle progression depuis le diagnostic, et que celle-ci est complètement disparue du radar. Elle se cache, avec la tuque enfoncée jusqu’au menton. Elle réapparaîtra certainement un jour.

Triste parce que tout le monde rame dans la même direction, mais les résultats n’y sont pas. J’avais tellement espoir.

Triste parce que je n’ai pas de solution à court terme pour que nous nous sentions mieux maintenant, tout de suite… Combien de temps va durer ce marasme? Ai-je raison d’espérer un redoux en mars, comme par les années passées?

Triste parce que j’ai un petit garçon qui souffre. Et que je ne sais pas comment l’aider.

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Bonjour la police!

Ah ha! Méchant titre non? Ben c’est un peu à l’image de notre journée!

Après une nuit correcte, malgré l’incident d’hier (la proie), fiston est retourné à l’école ce matin. Un peu d’évitement le matin, parti de la maison juste à temps, il m’a souhaité bonne journée comme d’habitude rendu à la traverse. Il s’est même retourné pour s’assurer que je lui faisais un petit signe. Pauvre ti-lou. On aurait dit que je l’envoyais à l’abattoir.

J’ai reçu le premier appel vers 13h45. J’était en réunion avec toute l’équipe. L’éducatrice, après plusieurs avertissements, lui a enlevé des mains des baguettes qu’il manipulait. Une geste juste et justifié à mon sens.  Il pouvait prendre un jouet sensoriel, à son choix, mais a refuser de le faire. Avec du recul, il aurait probablement explosé qu’importe la situation.

S’en est suivie une charge en règle contre l’éducatrice. Il lui a foncé dessus et a frappé. Elle a dû faire un maintien partiel pour l’empêcher de la frapper davantage. Devant le directeur adjoint. Je n’ai aucun doute que le geste de maintien était justifié. Tout comme le retrait du jouet de fortune sur lequel il avait jeté son dévolu, au lieu de se mettre à la tâche d’apprentissage.

Après sa charge, il a fugué. Il est allé à l’extérieur de l’école, en prenant soin de s’habiller. Au moins… On lui a donné l’espace nécessaire et le temps de se calmer, sans trop intervenir. On lui a donné plusieurs avertissements de ne pas dépasser les limites de la cour d’école et on lui a présenté la conséquence: la police serait appelée au cas où il dépasserait, et ce, pour sa sécurité. Il est sorti de la cour. Pendant que le directeur adjoint me parlait…. Il m’a demandé l’autorisation d’appeler le service de police. J’ai dit oui. Que fiston devait savoir où est la limite et que sinon, il l’apprendrait.

Après plusieurs avertissements de revenir vers la sécurité de la cour d’école, fiston a refusé d’obtempérer. L’école a appelé le 911 en prenant soin de dire que l’enfant était autiste et qu’il ne fallait surtout pas le toucher. OUF!

Les policiers sont apparemment intervenus de façon exemplaire avec fiston. Ils ne l’ont pas touché quand ils l’ont trouvé caché près des poubelles, et l’ont ramené gentiment à l’intérieur du bâtiment. Fiston a suivi docilement.

Re-ouf!

Deuxième appel de la direction adjointe vers 14h15 pour me dire que tout était terminé et que je devais aller chercher fiston. Pour son bien. Ce que j’ai fait rapidement.

Arrivée à l’école, petite discussion avec l’éducatrice et le directeur adjoint. On est dans une impasse. Je me suis excusée d’avoir oublié de les avertir de l’incident de la veille. Mais fiston en avait parlé un peu…

Fiston n’est plus fonctionnel à l’école. C’est simple. Il l’a en horreur dès qu’il y met les pieds. Aucune idée de ce qui le rend si méfiant envers l’école. Il déteste apprendre à l’école mais aime apprendre seul (ce qu’il m’a dit ce soir).

Mais quoi faire quand on est une mère monoparentale? Laisser mon travail pour  le scolariser à la maison? Impossible. Je suis le seul soutien financier. J’ai beau avoir un patron conciliant, je ne peux me permettre d’avoir fiston avec moi à temps plein (lire mon équilibre mental en sera complètement chamboulé!).

Demain, je regarde des possibilités avec la travailleuse sociale du CRDI. Aucune idée de ce que cela pourrait être. Et la rencontre du plan d’intervention scolaire a été devancée d’urgence au 24 janvier. Tous les intervenants seront autour de la table pour trouver des solutions. Tous des spécialistes dans leur domaine. Si on ne trouve pas cette fois-là, malgré tous les niveaux de compétence et d’expérience qui seront présents, rien n’y fera. C’est un constat déchirant. Date butoir: 26 février, date de la prochaine rencontre du plan d’intervention. On a un mois à compter de mercredi prochain pour arriver à une certaine progression…

C’est terriblement frustrant pour une mère. On se sent dépassée, oui, mais aussi terriblement incompétente. Comment en est-on arrivé là? Et surtout malgré tous les efforts investis? Mais apparemment je me dois de lâcher-prise sur les résultats; ce qui compte c’est que j’y ai mis les efforts. Mais ça ne me réconforte pas.

En fait, cette impasse semblerait  un passage obligé pour tous les Aspies. La conscience des Aspies de leurs différences se manifeste un jour où l’autre. Pour tous les Aspies sans exception. Il  semblerait que certains frappent le mur plus tard, d’autres très tard. Fiston ne fait pas exception mais est assez jeune pour le frapper. Son intellect le trahi. Il constate et observe beaucoup de différences, par rapport à lui et aux autres, et s’en trouve à être incapable de comprendre ses observations en raison d’un émotif peu développé. L’écart entre son intellect et son émotif est trop grand. Il est dans la recherche du soi, de l’acceptation de qui il est.

Ça explique en gros les trois derniers mois.

***

Mais comment expliquer la crise d’aujourd’hui?

L’éducatrice me disait qu’il a exprimé le fait qu’il devait se défendre. Mais de quoi a-t-il si peur????

Ce soir, il a fait une crise terrible parce que je lui demandais de prendre sa douche.  La crise de larmes incroyable! Pour une simple douche? Habituellement, fiston procrastine, évite, joue, et refuse de prendre sa douche. Mais là, une véritable crise de larmes provenant du plus profond de son être. Et il a fini par me dire ce qui le tracassait. Il a peur quand il ne peut voir ce qui s’en vient vers lui…

La fin de semaine du 13 janvier, fiston est allé au répit d’Autisme Québec. Camp qu’il fréquente depuis un an maintenant. Mais les animateurs ou les campeurs, je ne sais pas lesquels, on choisit un film qui n’était pas approprié pour fiston.

Devinez de quoi fiston a peur? Des fucking zombies!!!!

Probablement qu’en période d’anxiété moins intense, il pourrait passer par-dessus cette peur plus facilement. Mais avec l’anxiété dans le piton, les zombies s’en nourrissent.

Je ne sais pas comment je vais défaire cette peur. Entéka, la solution à court terme est que fiston prendra un bain au lieu d’une douche. Mais chose certaine, demain je vais appeler au service de répit d’Autisme Québec et leur dire ce qui se passe. Surtout que fiston retourne dans moins d’un mois et il faut absolument trouver une solution.

***

Les zombies n’expliquent pas tout ce que fiston vit. Ce sont des changements beaucoup plus profonds.

Mais quand on ajoute un petit grain de sable à une situation déjà tendue, ça explose.

 

 

 

 

 

 

 

 

La proie

Fiston est allé aux scouts ce soir. Je sais qu’il est plus fragile ces temps-ci, mais il a quand même choisi d’y aller.

Quand je suis allée le chercher après la rencontre, il avait fuit. Son animateur est venu me raconter ce qui s’était passé. Oups.

***

Maman: Puis t’as passé une bonne soirée fiston?

Fiston: Aye, je t’ai vu parler avec mon animateur! fais pas semblant que tu ne sais rien.

Maman: Je sais mais je préfère qu’on en parle pas tout de suite, ça ira à demain quand tu seras mieux.

Fiston: ok.

***

Fiston: On m’a placé avec deux prédateurs et moi j’étais la proie.

Maman: C’est un jeu ça? Ça s’appelle comment?

Fiston: Non, ce n’est pas un jeu, c’est la réalité. Et je suis devenue la victime.

Maman: Oh! (je réalise qu’il veut parler tout de suite de la situation)

Fiston: En fait, ils n’ont pas arrêté de m’écœurer et de me traiter de noms. Ça commencé par ‘face de neige’ puis ‘pute’ et après ça dégénéré. Ensuite ils se sont mis à me pousser, et puis là il y en a un qui m’a sauté dessus et m’a frappé quatre fois au visage en me disant ‘tu m’as frappé quatre fois au visage!’ Moi je n’avais rien fait. Après j’ai vu rouge et je l’ai fouetté avec mon collier. Il aurait pu me crever un œil. Je suis certain que je vais être enflé demain! (il pleure et il est en colère)

Maman: …

Fiston: je sais que je n’aurais pas dû le fouetter mais faillait bien que je me défende. Et après, il a couru vers l’animateur pour lui dire que je l’avais frappé quatre fois au visage. J’ai même pas eu le temps d’y aller avant pour lui dire ce qui s’était passé. Ceux qui font du mal vont toujours raconté en premier pour être certain qu’on les croit.

Maman: Tu as raison mais je crois que l’animateur savait à qui il avait affaire. Le garçon n’est pas gentil avec bien des jeunes et les animateurs essaient de le recadrer (et n’ont pas la collaboration des parents mais ça on ne le dit pas!) , mais je crois que l’animateur t’a demandé ta version des faits, as-tu été capable de lui dire?

Fiston: Non, j’ai pas été capable. Je ne peux pas gérer mes émotions et parler en même temps. C’est impossible de faire les deux ensemble pour moi. Ou je me calme, ou je crie parce que je suis trop dans l’émotion.

Maman: C’est bien, ok je comprends. 

Fiston : Et juste comme on se rencontre pour s’excuser, parce qu’il faut toujours le faire après pour régler un conflit, il passe devant moi et me fait fuck you avec le doigt (NDLR: il lui a dit un mot aussi que j’ai oublié). C’était juste de la frime pour bien paraître devant les animateurs. Moi j’ai pas voulu dans ces conditions.

Maman: ouin, je comprends, pas facile quand c’est pas sincère…

Fiston: Sais-tu que c’est un gars qui fait semblant d’avoir une grosse armure quand ils sont deux ou plus mais que finalement, au fond, c’est juste une petite plume d’oiseau. Toute fragile. Il n’a même pas de bonnes racines.

Maman (bouche-bée!): …

***

En connaissez-vous beaucoup des enfants de onze ans qui sont capables d’avoir une telle lecture de la personne qui le harcèle? Je suis restée sans voix devant son analyse de la situation. C’est une des forces de fiston sur laquelle il faut miser. Je lui ai rappelé avant qu’il ne s’endorme. Je lui ai signifié que c’était une force que peu de jeunes ont mais que surtout, peu d’adultes réussissent à développer.

Il est allé se coucher, vidé des émotions négatives, du moins je le crois. La nuit nous dira bien assez vite s’il y a des choses non résolues.

 

 

La forteresse

J’ai été absente de mon blogue depuis novembre 2017. C’est à peu près à ce moment que les choses ont commencé à mal aller pour fiston. Beaucoup de changements à l’école…

Le 3 novembre dernier on révisait le plan d’intervention de fiston. voilà ce que j’avais à en dire, article que je n’ai pas publié…

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Novembre 2017. Pour l’instant, fiston passe très peu de temps en classe depuis le changement d’enseignante. La direction d’école est consciente qu’il y a beaucoup de choses qui ont changé en un mois : nouvelle enseignante, nouvelle routine, nouvelles règles dans la cour d’école, etc. Fiston réagit beaucoup à tous ces changements et je crois qu’il revit également ce qui s’est passé l’an passé. Les autistes ont la particularité de ne pas vivre les émotions sur le moment, mais de les vivre plus tard. On ne sait pas quand, ni comment les émotions se manifesteront. Mais je pense qu’on est en plein dedans parce que l’an passé, il n’a pas ‘processé’ le tout.

Son éducatrice (TES) passe maintenant tout son temps avec fiston, c’est du 1-1. Mais la direction et le personnel ont mis en place un système pour qu’il puisse retourner en classe sur une période de six semaines. On progresse. Fiston continue tout de même à avoir de bonnes notes en faisant ses examens à l’extérieur de la classe. Et il a fait un superbe présentation orale. Si tout va bien, on va intégrer le portable sous peu.

La progression y est parce qu’il ne se désorganise pas.

Je considère que, même si fiston est peu en classe pour le moment, on n’est pas à la même place que l’an passé. Tout le monde était dans le bateau aujourd’hui et tous cherchaient des solutions. Finalement.

Ça fait toute la différence, l’engagement de la direction, de l’enseignante et de l’éducatrice. Ça fait du bien de ne pas être la méchante qui essaie de protéger son fils à tout prix. Que finalement on voit fiston de la même façon que moi je le vois depuis 16 mois.

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Janvier 2018.

Fiston passe moins de 15 minutes en classe par jour.

Fiston est continuellement avec sa TES.

Fiston fait très peu d’apprentissages.

Fiston ne fait pas ses devoirs.

Fiston passe son temps à jouer aux jeux vidéo quand il est à la maison, que ce soit à l’ordi ou sur sa tablette. Oubliez les interactions avec moi.

Fiston ne veut pas parler.

Fiston ne veut pas se laver, ni se brosser les dents.

Fiston ne veut pas manger, seulement des choses connues et aimées.

Fiston ne veut pas qu’aucune demande ne lui soit adressée.

Fiston est en réaction à tout. Tout. Tout. Absolument tout. Même à moi. Surtout à moi.

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Fiston est suivi chez SACCADE depuis novembre 2016. Dès le début, la progression a été fulgurante. On a ouvert toutes les petites portes des émotions. Il est maintenant capable d’en ressentir plusieurs et de les nommer. Il a donné à chacune des émotions un code couleur: rouge pour colère; bleu pour tristesse, etc. Et l’intensité de chacune des émotions varient de 1 à 3. Une belle réussite.

Mais ouvrir la porte à toutes ces belles émotions a des conséquences. Il ne sait pas quoi faire avec. Il ne sait pas comment réagir face à la montée d’une émotion. On est rendu à cette étape avec SACCADE, étape que nous entreprendrons dès le retour de son éducatrice en février si tout va bien…

Alors il est constamment envahi. Comptez dans une journée le nombre d’émotions que vous pouvez vivre, de différentes intensités et de différentes sortes. Plusieurs n’est-ce pas? Ben fiston en vit également aussi. De la même façon. Mais sa compréhension de la gestion de ces dernières n’est pas innée. Il doit l’apprendre. Et l’apprentissage est long et difficile.

***

Aujourd’hui, je voulais le faire réévaluer par une neuropsychologue de chez SACCADE. Je dis bien ‘voulais’. Parce qu’une fois rendu, il n’a pas voulu ouvrir la bouche. S’est enfui de la clinique, est sorti à l’extérieur…

Cette dernière me disait qu’il est à une étape normale de son développement autistique d’Asperger typique. Il est dans la recherche du soi. De qui il est. Il  se compare aux autres et n’aime pas ce qu’il est. Il n’accepte pas sa différence autistique. Voudrait être ‘normal’ comme les autres.

Et il se laisse envahir… il se laisse submergé. Il n’a aucun contrôle sur la vague et elle l’emporte comme un véritable raz-de-marée. Et il se renferme. Tellement, que plus personne n’a accès. Ni sa TES de l’école, ni aucune des intervenantes qui viennent à la maison. Ni moi.

Une véritable forteresse située au milieu d’un fleuve à haut débit, sans chemin d’accès.

Et ça va être pire avant que ça n’aille mieux… 11 ans. À la porte d’une des étapes humaines les plus difficiles à vivre: l’adolescence.

J’avais espoir qu’on réussisse à placer les choses avant qu’il ne soit rendu là. Mais ça l’air qu’il a déjà les deux pieds dedans…