À deux vitesses

Non, je ne vous parle pas des deux vitesses de notre système de santé, bien que j’en aurais bien envie!

Les deux vitesses ont plutôt trait à fiston : avec médication et sans médication.

Avec la médication, fiston est un tout autre garçon. Il a encore des sautes d’humeur mais elles sont beaucoup moins intenses. Il peut jouer des heures, à s’inventer toutes sortes d’activités sans que je ne l’entende. Il peut se préparer très vite pour sortir, que ça lui tente ou non. Il peut réussir les examens de l’école, qu’importe le niveau de difficulté. Il peut, il peut, il peut. Bref, avec la médication, le cerveau de fiston roule à 100 à l’heure.

Sans médication? Hey boy! On n’est pas du tout dans le même beat. Je pense qu’on est même pas sur la même planète!

Je lui donne son comprimé tous les matins vers 6h, semaine ou fin de semaine (j’avoue qu’il y a des matins, je ne réussis pas à me lever, alors c’est plus 7h…).

L’effet de la médication dure de 12 à 14h. Dans le cas de fiston, je peux définitivement dire qu’à 20h, l’effet n’y est plus du tout. Pouf! Magie!

Mesdames et messieurs, nous venons d’atterrir sur la Lune, nous vous souhaitons un agréable séjour en apesanteur!

Je retrouve donc le fiston d’antan, celui qui n’écoute pas, celui qui fait toutes sortes de simagrées et de gestuelles plutôt que de se brosser les dents, celui qui prend 45 minutes pour brosser ses dents et mettre son pyjama.

L’autre soir, justement pendant le brossage de dents, vers 20h30, fiston après avoir sauté sur place pendant 10 minutes, me dit bien candidement «je crois que la médication ne fait plus effet!» T’en fais pas, j’avais remarqué! L’effet rebond de la médication est assez impressionnant certains soirs. Surtout les soirs où je le sais plus fatigué.

S’adapter à ces deux vitesses en tant que parent, n’est pas facile. Parce qu’avec la médication, je vois très bien qu’il est capable de répondre à toutes les exigences qu’on attend d’un enfant de 8 ans: il se lave les mains en entrant sans que je lui demande, il mange correctement à table sans en mettre partout, il chasse la toilette! (Yeah! victoire personnelle importante pour moi!), il range ses vêtements, fait son lit, range sa chambre, etc.

Mais le soir, je dois complètement laisser tomber toutes les exigences, encore et encore. Je dois prévoir 45 minutes au lieu de 10 pour les routines, je dois répéter plusieurs fois, je dois garder des punitions s’il ne répond pas à la demande dans un délai raisonnable. Et son trouble d’opposition revient à la vitesse Grand V.

Mais le délai raisonnable varie dans une journée et c’est ça qui est difficile à gérer. Probablement qu’avec le temps, le passage de l’un à l’autre se fera plus facilement pour moi.

Et pour fiston? Je pense sincèrement que lui aussi ressent très fortement la disparition de l’effet de la médication. Certains soirs, il retourne à ses anciens patterns et me pète des crises assez impressionnante. Je sens beaucoup de frustration de sa part. Si c’est difficile pour moi ces deux vitesses, je n’imagine pas comment ça peut être stressant pour lui.

On va apprendre ensemble à vivre avec, c’est tout. C’est déjà beaucoup que pendant 12 heures, il semble normal,

«Comment ça semble normal

Ben c’est que fiston a encore certains comportements rigides même sur la médication.

Et un schème de pensée assez particulier.

Et il a maintenant des tendances de TOC (trouble obsessif-compulsif).

L’infirmière de la clinique pédiatrique me dirait :

Madame, s’il y a plus d’effets positifs que négatifs, on garde cette médication. Avec toute médication, il faut apprendre à vivre avec les effets secondaires.